Anges et Démons - Les Illuminati

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 La société secrète des “Illuminati” est, dans le film, présentée comme un ancien ennemi de l’Eglise catholique. Née au 16e siècle, elle viserait au triomphe de la science contre l’obscurantisme de la religion catholique. Mais la répression du Vatican aurait été tellement forte que ce groupe se serait réfugié dans la clandestinité la plus totale. Après un court réveil à la fin du 18e siècle en Allemagne, elle retomberait encore dans la clandestinité jusqu’au jour où les membres se retrouveraient assez forts pour sortir de l’ombre et accomplir leur destin : l’anéantissement définitif de l’Eglise catholique et le triomphe de la science. Le fondateur de cette secte de “scientifiques” ne serait autre que Galilée lui-même.

Quelle est la réalité historique des Illuminati ?
Du point de vue de l’histoire, la fondation de cette société dite secrète est liée au conflit entre la Contre-Réforme catholique et les Lumières en Bavière, ainsi que du contexte de la suppression de l’ordre jésuite en 1773.

L’ordre des “Perfectibilistes”, tel qu’il s’est appelé dans un premier temps, et qui sera popularisé sous le nom d’”Illuminati”, cette “société secrète”, construite sur le modèle des sociétés secrètes des étudiants allemands, fut crée le 1er mai 1776 par un jeune professeur de droit canon de l’université d’Ingolstad en Bavière, Adam Weishaupt. Son but était de fonder une société savante et morale vouée à la perfection de l’homme.

Dans un contexte défavorable aux idées progressistes, les membres de ce groupe se réfugièrent dans le secret et l’anonymat. L’ordre des Illuminés rassembla jusqu’à deux mille personnes (dont de nombreuses personnalités de l’époque, des théologiens et des philosophes). Environ 1500 membres sont connus avec certitude.

Le groupe de Weishaupt est rejoint, en 1780, par le baron Adolph Freiherr von Knigge, franc-maçon de la Stricte Observance, versé dans les hauts grades. A. F. von Knigge est connu pour être un représentant des Lumières en Allemagne. Egalement connaisseur des arcanes ésotériques, il considérait la philosophie hermétique comme possédant un caractère rationnel et scientifique. En ce sens, von Knigge appartenait au courant de l’Hermétisme rationnel.

Von Knigge restructura le système initiatique de l’Ordre en s’inspirant directement des systèmes de grades de la franc-maçonnerie.

Très rapidement, en 1782, des désaccords profonds vont opposer les deux hommes à tel point que von Knigge quittera l’ordre en 1784.

Le Grand Electeur de Bavière, Charles Théodore de Bavière, n’appréciant que très peu les idées des Lumières et encore moins celles véhiculées par Adam Weishaupt et ses amis, interdira les sociétés secrètes par un édit du 23 juin 1784. L’ordre des Illuminati n’était pas seul à être visé par cette disposition du gouvernement bavarois. En effet, la franc-maçonnerie fut interdite ainsi que toutes les sociétés constituées sans l’autorisation du gouvernement souverain. Les membres de l’ordre seront poursuivis et les Illuminés de Bavière disparaîtront complètement, et cela, moins de dix ans après leur création.

Un complot Illuminati?
La structure secrète de l’ordre, les pseudonymes utilisés par les membres (Adam Weishaupt se choisit le nom de Spartacus, ce qui en dit long sur ses idées), l’appartenance de certains membres illuminati à la franc-maçonnerie (où certains sont allés se réfugier), les attaches de certains aux lumières radicales sont autant d’éléments qui ont contribué à créer la légende d’un ordre caché, voué non seulement à la perte de l’Eglise catholique, mais au-delà, à une gouvernance mondiale cachée.

C’est immédiatement après la Révolution française, dans la dernière décennie du 18e siècle, que vont naître et se diffuser les théories complotistes.  Ce sera Augustin de Barruel qui, dans son ouvrage publié en 1798 et intitulé “Mémoire pour servir à l’histoire du jacobinisme”, développera et diffusera l’idée selon laquelle ce sont les sociétés secrètes (franc-maçonnerie et Illuminati) qui sont à l’origine de la Révolution française.

Dans cet ouvrage, ainsi que dans l’ensemble de la littérature “conspirationniste”, l’ordre des Illuminés de Bavière va subir un changement, ou, pour être plus précis, l’Histoire va subir un changement de regard. Le moteur de l’Histoire ne sera plus l’action visible des hommes mais plutôt des acteurs invisibles agissant dans l‘ombre. Dans cette optique, les Illuminati vont devenir une catégorie mythique et répulsive désignant à la fois des individus “éclairés”, invisibles et foncièrement nuisibles.

Le “complot illuministe” deviendra un mythe politique moderne qui s’actualisera dans différentes versions : mythe théologico-politique comme répulsif de la franc-maçonnerie, mythe littéraire avec le « Joseph Balsamo » d’Alexandre Dumas ...

La culture populaire contemporaine a utilisé, tout récemment, le mythe du complot illuministe : dans des romans (“Les Arcanes du Chaos” de Maxime Chattam, Albin Michel, 2006) et au cinéma (Lara Croft-Tomb Raider - 2001).

Le roman, et son adaptation cinématographique, ne font que surfer sur cette vague d’une littérature ésotérico-théologico-policière, livrant au lecteur des éléments d’histoire, réaménagés et servant une fiction. L’usage d’éléments historiques mêlés à des éléments de pure fiction conduit le lecteur à considérer l’ensemble de la fiction comme réelle. Or, nous sommes là en dehors du champ de l’histoire et c’est bien ce que doit rappeler la critique : démêler le fait historique du fait fictionnel, sous peine de semer la confusion et de mener à de fausses vérités aux conséquences politiques.