Evénement : 'Séminaire "Animal et Religions"'

Séminaires
Date: Lundi, 26 Octobre, 2009 à 12:00
Durée: 2 Heures
Info Contact:
CIERL Av. Roosevelt 17, 1050 Bruxelles
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Pendant longtemps les historiens se sont peu intéressés à l'animal, qu'ils ont abandonné à la "petite histoire". Aujourd'hui, la situation a fort heureusement changé grâce aux travaux de quelques chercheurs pionniers, au premier rang desquels Robert Delort et Michel Pastoureau. Grâce à la collaboration de spécialistes venus d'horizons divers (ethnologues, anthropologues, linguistes, zoologues), l'animal est devenu pleinement un objet d'histoire, au carrefour de plusieurs disciplines. Or, s'il est un domaine où l'animal est présent, c'est bien celui des religions. Les rapports de l'animal avec les religions sont en effet d'une extraordinaire richesse et diversité, en particulier sur le plan symbolique.

Aussi loin que l'on remonte dans le passé, il semble que l'animal soit mêlé aux traces que l'homme laisse de son activité religieuse (pensons aux grottes de Lascaux, Altamira ou Chauvet dont les parois sont ornées de représentations d'animaux). Le rapport de l'animal au divin est de tout temps et de tout lieu. Dans de très nombreuses religions (en Afrique, en Asie, en Europe, en Amérique), l'animal est la manifestation d'une (ou plusieurs) divinité. Comment le lien se fait-il entre le divin et l'animal ? Est-ce justifié par un événement mythique ou est-ce un comportement ou un trait physique qui l'explique ? Rare à l'époque paléolithique, l'image fusionnelle de l'homme et de l'animal est un phénomène quasiment universel dès l'époque néolithique. Le panthéon égyptien nous offre des exemples biens connus de ce type de figures hybrides, mi-animales, mi-humaines : Amon à tête de bélier, Anubis le chacal, Horus à tête de faucon, Bastet à tête de chat, Sobek le crocodile, etc. Dans le Mexique précolombien, on vénère Quetzalcóatl, le dieu serpent à plumes, Huitzilopochtli, le dieu colibri, ou encore Itzpapalotl, la déesse papillon d'obsidienne. La mythologie indienne n'est pas en reste avec Hanuman, le dieu à tête de singe et corps d'homme, ou Ganesh, le dieu à tête d'éléphant et corps humain. Même dans les religions où les dieux ne revêtent pas de traits animaux, il arrive que certains dieux se métamorphosent en bêtes. Par exemple, les Grecs et les Romains connaissent aussi, dans leur propre culture, des manifestations animales du divin. Zeus lui-même a pris la forme d'un taureau pour tromper de belles mortelles comme Europe.

D'une façon générale, le sort que l'homme réserve aux animaux est lié à la position que la civilisation attribue à l'homme dans la nature. Dans les grandes religions monothéistes, la distinction est clairement établie entre les hommes, les bêtes et Dieu. L'homme est placé dans une échelle des espèces entre le bestial et le divin. Dans le judéo-christianisme, l'homme a été créé à l'image de Dieu. Il occupe par conséquent une position dominante par rapport aux espèces animales. Crées par Dieu pour le service de l'homme, les animaux ne peuvent être entièrement mauvais. La plupart d'entre eux sont vus comme positifs ou négatifs, et parfois les deux simultanément. Réels ou légendaires, les animaux sont omniprésents au Moyen Âge : sculptés sur les chapiteaux des églises, tissés sur les tentures des châteaux, on les retrouve - décrits et peints - dans les manuscrits. Les animaux constituent des symboles à décrypter dont la signification est presque toujours religieuse et morale. À l'époque médiévale, les animaux sont en effet davantage prétextes à interprétations symboliques qu'objets de science. D'où la tradition des bestiaires - ces traités moralisés sur les propriétés des animaux - qui dérivent tous, plus ou moins directement, d'un ouvrage composé en grec à Alexandrie au IIe siècle après J-C, le Physiologus. L'auteur anonyme de ce livre a associé à chaque animal une signification chrétienne. Sont ainsi décrits, en 48 brefs chapitres, des animaux, parfois mythiques (comme la licorne, le phénix et la sirène) mais aussi plus réalistes : quadrupèdes, serpents, oiseaux. Par son entremise, les monstres de l'Orient et de l'Antiquité gréco-romaine sont ainsi entrés dans l'imaginaire médiéval. Une autre source importante des bestiaires du Moyen Âge est constituée par les travaux de Pline (>Histoire naturelle, livres 8 à 11 sur les animaux) et de son abréviateur, Solin. Incontournables sont aussi les Étymologies d'Isidore de Séville (livre 12 consacré aux animaux). Parmi les principaux bestiaires, on notera ceux de Philippe de Thaon (au XIIe s.), de Gervaise, Guillaume le Clerc, Pierre de Beauvais, et Richard de Fournival (au XIIIe s.). Les trois principaux encyclopédistes latins du XIIIe siècle consacrent chacun une section aux animaux dans leurs ouvrages : Barthélemy l'Anglais (De proprietatibus rerum, livres 12, 13 et 18), Thomas de Cantimpré (De natura rerum, livres 4 à 9), Vincent de Beauvais (Speculum naturale - premier volet du Speculum maius, livres 16 à 22).

On le voit, l'animal comme représentation ou symbole du divin et du sacré revêt des formes très nombreuses et variées. Interroger à nouveaux frais ces liens entre l'animal et les religions sur un plan symbolique, selon une approche comparatiste et diachronique, peut se révéler d'une grande fécondité.

Le séminaire a lieu un lundi par mois, de à 12h00 à 14h00 en la grande salle du CIERL.

Programme 2009-2010 :

Lundi 28 septembre 2009 : Baudouin Decharneux, "La symbolique du serpent dans la Bible et l'exégèse philonienne" (exceptionnellement de 10h à 12h)

Lundi 26 octobre 2009 : Michèle Broze, "Serpents d'or et de lapis lazuli : les divins serpents de l'Egypte ancienne"

Lundi 30 novembre 2009 : Fabien Nobilio, "La seconde symbolisation de l'animal dans la littérature chrétienne des origines"

Lundi 22 février 2010 : Thomas Gergely, "La législation alimentaire et les lois sur la protection animale dans la Bible"

Lundi 29 mars 2010 : Monica Minneci, "Les animaux dans la pensée religieuse pueblo" (titre provisoire)

Lundi 26 avril 2010 : Jean-Charles Ducène, "Les animaux dans les cosmographies musulmanes médiévales"



Pour tout renseignement, contacter Sylvie Peperstraete speperst@ulb.ac.be, Michèle Broze mbroze@ulb.ac.be ou Alain Dierkens adierken@ulb.ac.be.


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