Conclusions




 La conclusion de l'étude des religions et convictions
Les religions et convictions facteurs de conflits ou rapprochements entre les hommes ? Les conclusions nuancées de Gabriel Ringlet invitent à examiner ce qui rapproche plutôt que ce qui divise.

Conclusions ouvertes du guide - Primordiale tendresse

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Je n’ai pas oublié les différentes contributions qui précèdent dans cet ouvrage. Au contraire. Depuis le départ, elles m’accompagnent et me réjouissent. Car dans la cour de ce manuel original, je n’ai pas découvert un mais huit sculpteurs… renommés pour leurs statues de convictions grandeur nature ! Chacun, je le sais, a dû tailler dans le rocher de sa religion, de sa philosophie, pour faire apparaître une silhouette aussi sobre et précise que possible. Mais je n’arrive pas à isoler les regards. Ou, plus exactement, je découvre que huit regards différents réussissent à former une œuvre unique en son genre. Un vrai travail d’artiste !

Quelle chance pour les élèves qui tiennent ce livre entre les mains de découvrir une société capable d’accepter en son centre « un au-delà du clan » comme dirait Roger Lallemand, un au-delà de l’appartenance qui ne nie pas l’appartenance mais l’enrichit de l’appartenance voisine. Oui, quelle chance, on ne le dit pas assez, de vivre dans un monde qui me permet d’accueillir la critique de l’autre, de lutter contre ma peur, de débusquer mes « intégrismes intimes » (Boudjedra) et de conforter ce que j’appelle une identité chantante.

Cette identité-là, je l’ai vécue récemment à Auschwitz-Birkenau, en compagnie d’Émile Shoufani que les médias appellent, pour simplifier, « le curé de Nazareth ». Prêtre catholique, arabe, palestinien, citoyen israélien, il a proposé un voyage au cœur de la souffrance de l’autre, gratuitement, sans aucune demande de réciprocité. Un palestinien à Auschwitz veut tenter de comprendre la mémoire juive jusqu’à l’extrême.

Nous étions là, pendant trois jours, des jeunes, des moins jeunes, des Juifs, des Musulmans, des Chrétiens, des Francs-maçons, des Agnostiques, des Athées… et pendant trois jours nous avons rencontré « l’autre » en quête d’un travail d’humanisation sans cesse à recommencer. Très vite, chacun a senti que le rassemblement se plaçait d’abord sous le signe de l’affection, rejoignant en cela le propos de Maurice Bellet quand il écrit : « tout se concentre en ceci : que nous soyons cette primordiale tendresse les uns pour les autres ».
J’en viens à la fin, à Birkenau, là où tout commence et où tout finit, entre Genèse et Apocalypse, le long de cette voie ferrée par laquelle sont venus 400 000 Juifs hongrois. Émile Shoufani avance lentement. Avec lui, derrière lui, cinq cents Israéliens, Belges, Français, de toutes convictions. Chacun porte une bougie qu’il tente de garder allumée. Au micro, des voix juives et arabes alternent. Car il s’agit de réciter et de réciter encore. Quelques centaines de noms parmi six millions.
Nommer dans le silence.
Nommer parce que chaque nom est unique. Parce que chacun a une manière unique de le porter.

Arrivés à l’embranchement, face au bunker II, là où le convoi déversait son chargement, des Juifs, des Musulmans, des Chrétiens, des Non-croyants affirment que la fraternité ne se divise pas. Comme un jour, en Andalousie, aux XIe et XIIe siècles.

Pour le dire encore, pour le dire plus doucement peut-être, plus fortement, il fallait l’inquiétude d’un poète, parce que « les mots dans le poème de l’indicible disent plus que les pierres ». Abdelwahab Meddeb s’est approché du micro et il a dit…

 « Ici fin mai
 sur le lieu où l’infâme…
 retrouver un signe de l’enfance (…)
 par le chant,
 par le souffle des mots
 donner aux lieux leur mémoire,
 par le silence, l’entretenir ».

Dans le silence, chacun a déposé son luminaire sur le rail. Cinq cents flammes vagabondes pour une paix incertaine.
Tout à la fin, nous ne sommes plus que quelques-uns. Nous remontons la voie, jusqu’à l’entrée du camp. Je pense à Noa, la chanteuse israélienne d’origine yéménite qui fait travailler ensemble des artistes juifs et arabes et porte la paix dans son nom comme dans ses chansons. Noa, quand on prononce en entier, on doit dire Achinoam Nini, c’est-à-dire sœur de paix. Noa, toute jeune maman inquiète et bouleversée, si proche d’abouna Émile quand elle confie après la naissance de son fils Ayehli : « Aujourd’hui, il y a de l’espoir, là où je n’en ai jamais espéré ».

En jetant sur chaque conviction un regard d’artiste, ce livre dit aussi, à sa manière : « il y a de l’espoir, là où je n’en ai jamais espéré ».

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