Conclusions ouvertes du guide - Primordiale tendresse |
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Je n’ai pas oublié les différentes contributions qui précèdent dans cet ouvrage. Au contraire. Depuis le départ, elles m’accompagnent et me réjouissent. Car dans la cour de ce manuel original, je n’ai pas découvert un mais huit sculpteurs… renommés pour leurs statues de convictions grandeur nature ! Chacun, je le sais, a dû tailler dans le rocher de sa religion, de sa philosophie, pour faire apparaître une silhouette aussi sobre et précise que possible. Mais je n’arrive pas à isoler les regards. Ou, plus exactement, je découvre que huit regards différents réussissent à former une œuvre unique en son genre. Un vrai travail d’artiste ! Quelle chance pour les élèves qui tiennent ce livre entre les mains de découvrir une société capable d’accepter en son centre « un au-delà du clan » comme dirait Roger Lallemand, un au-delà de l’appartenance qui ne nie pas l’appartenance mais l’enrichit de l’appartenance voisine. Oui, quelle chance, on ne le dit pas assez, de vivre dans un monde qui me permet d’accueillir la critique de l’autre, de lutter contre ma peur, de débusquer mes « intégrismes intimes » (Boudjedra) et de conforter ce que j’appelle une identité chantante. Cette identité-là, je l’ai vécue récemment à Auschwitz-Birkenau, en compagnie d’Émile Shoufani que les médias appellent, pour simplifier, « le curé de Nazareth ». Prêtre catholique, arabe, palestinien, citoyen israélien, il a proposé un voyage au cœur de la souffrance de l’autre, gratuitement, sans aucune demande de réciprocité. Un palestinien à Auschwitz veut tenter de comprendre la mémoire juive jusqu’à l’extrême.
Nous étions là, pendant trois jours, des jeunes, des moins jeunes, des Juifs, des Musulmans, des Chrétiens, des Francs-maçons, des Agnostiques, des Athées… et pendant trois jours nous avons rencontré « l’autre » en quête d’un travail d’humanisation sans cesse à recommencer. Très vite, chacun a senti que le rassemblement se plaçait d’abord sous le signe de l’affection, rejoignant en cela le propos de Maurice Bellet quand il écrit : « tout se concentre en ceci : que nous soyons cette primordiale tendresse les uns pour les autres ». Arrivés à l’embranchement, face au bunker II, là où le convoi déversait son chargement, des Juifs, des Musulmans, des Chrétiens, des Non-croyants affirment que la fraternité ne se divise pas. Comme un jour, en Andalousie, aux XIe et XIIe siècles. Pour le dire encore, pour le dire plus doucement peut-être, plus fortement, il fallait l’inquiétude d’un poète, parce que « les mots dans le poème de l’indicible disent plus que les pierres ». Abdelwahab Meddeb s’est approché du micro et il a dit…
« Ici fin mai
Dans le silence, chacun a déposé son luminaire sur le rail. Cinq cents flammes vagabondes pour une paix incertaine. En jetant sur chaque conviction un regard d’artiste, ce livre dit aussi, à sa manière : « il y a de l’espoir, là où je n’en ai jamais espéré ». |


