Conclusions ouvertes du guide - Quatre attitudes |
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L’expérience de Saint-Job’ rappelle que la silhouette du dialogue ne surgira pas sans la sympathie d’un regard. Traverser la parole de l’autre suppose un long travail d’arrachement au marteau et au burin. À cet égard, il me semble qu’aujourd’hui quatre attitudes se présentent devant le rocher de la conviction. 1. La guerre. Le refus du dialogue. Que le bloc de granit reste bien où il était, près des eaux déchaînées. On met des années, parfois des siècles, à sortir de cette violence. 2. La coexistence. Même pacifique, elle ne suffit pas à mes yeux. Il s’agit d’un progrès, bien entendu. Mais les convictions restent côte à côte. L’absence de guerre n’est pas encore la paix. 3. La proexistence. Voilà un grand pas, décisif à bien des égards. Être enraciné, sûrement, avoir des convictions solides, oui, mais accepter de revisiter son point de vue après avoir rencontré la position de l’autre. Qu’apporte, en effet, la différence, si elle n’interroge pas l’identité ? Que signifie, pour moi, dialoguer, si, au bout du compte, je ne suis pas changé — même un peu — par ce dialogue ? 4. Le métissage. Mieux encore, et bien plus fréquent qu’on ne le dit : porter deux couleurs en soi, ou trois ou quatre… Comme Sapho, l’artiste juive et pied-noir qui chante à la fois à Tel Aviv et à Ramallah. Ou comme le romancier Amin Maalouf marqué, confie-t-il, par une maman catholique, un grand-père pasteur presbytérien, un grand-oncle curé et un autre franc-maçon. Question identité, on ne s’embêtait pas chez les Maalouf ! Mais l’histoire n’est pas exceptionnelle. À y regarder de près, nous sommes tous un carrefour où se croisent plusieurs identités. Encore faut-il purifier les intentions. Le dialogue n’est pas une stratégie parce que « le temps des missionnaires » serait devenu suspect. Le dialogue appartient à la condition humaine dans ce qu’elle a de meilleur. Le dialogue m’invite d’abord à débattre avec moi-même, à faire sauter en moi, au ciseau et au maillet, les morceaux de pierre qui étouffent mon ouverture, à reconnaître en moi un vide, un manque, une incomplétude. |


