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Fabien Nobilio - La composition des évangiles canoniques

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Au-delà de la figure emblématique de l’évangéliste accompagné de son « animal », il faut souligner qu’aucun des quatre évangiles canoniques ne désigne clairement son auteur. L’attribution est donc externe, dans le sens où le nom de l’évangéliste n’apparaît pas dans le corps du texte, mais dans le titre. Les titres « selon Matthieu », « Marc », « Luc » et « Jean » – pour les citer dans l’ordre devenu canonique – se trouvent sur des manuscrits anciens, mais ceux-ci ne sont pas plus anciens que les écrits de Papias de Hiérapolis (première moitié du IIe siècle), voire que ceux d’Irénée de Lyon (seconde moitié du IIe siècle), premiers auteurs que nous connaissions à nommer clairement les auteurs des évangiles et les circonstances de leur composition 1 Leur témoignage a été conservé par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, XXXIX pour Papias et V, VIII, 4 pour Irénée, in Bardy G. (éd.), Paris : Cerf, SC 55. .
Dans le même ordre d’idées, Papias est également le premier à déclarer que l’évangile de Matthieu fut écrit dans une langue sémitique avant d’être traduit en grec. Une opinion relayée notamment par Jérôme et qui, aujourd’hui encore, divise les spécialistes… Il est plus généralement admis que les trois autres évangiles aient été écrits directement en grec, langue dans laquelle ils nous ont été transmis.
Mais revenons à leur titre. Nombre de manuscrits n’en renseignent pas, pas plus qu’un nom d’auteur, de sorte que les évangiles semblent initialement anonymes. L’explication historico-critique classique de l’anonymat des évangiles est qu’ils seraient issus de milieux différents où ils étaient chacun tenus pour l’Evangile avant que, avec l’édification progressive de la grande Eglise, apparaisse le besoin d’une rationalisation canonique 2 Cf. i.a. Aland K., 1961, « The Problem of Anonymity and Pseudonymity in Christian of the First Two Centuries », in The Journal of Theological Studies XII (1), pp. 39-49, réf. p. 42. A l’inverse, Bauckham R., 2006, Jesus and the Eyewitnesses. The Gospels as Eyewitness Testimony, Grand Rapids/ Cambridge : Eerdmans, a récemment popularisé l’hypothèse que les évangiles s’adressaient dès leurs origines à l’ensemble de la chrétienté. L’impressionnant travail de Richard Bauckham présente nombre de raisonnements intéressants, mais n’apporte pas de réponse plus sûre à la question de l’anonymat – qui le pourrait ?. Indépendante de l’explication historico-critique, l’explication théologique du même état de fait est des plus intéressante. Selon la thèse illustrée en son temps par le célèbre Kurt Aland, co-éditeur du Novum Testamentum graece, la plupart des écrits de ce recueil seraient anonymes parce que l’autorité de l’auteur dépendrait, non de son identité, mais de son inspiration 3 Aland K., art. cit., p. 45, en tire la conclusion que ce ne sont pas les cas où l’auteur reste anonyme qui posent question, mais ceux où l’auteur donne son nom… Cette remarque s’entend à l’exception des lettres où, en vertu du genre littéraire, le destinateur et le destinataire sont clairement identifiés.. La manière dont cette inspiration pouvait être éprouvée par l’audience aurait alors résidé dans la relative conformité de la composition écrite aux traditions orales. 
La question de l’oralité se pose également à propos de l’une des sources supposées des évangiles de Matthieu et de Luc. Selon l’hypothèse documentaire la plus couramment admise, les évangiles de Matthieu et de Luc auraient en effet deux sources : la première, attestée, est l’évangile de Marc ; la seconde, supposée, est nommée « Q », initiale de l’allemand « Quelle ». L’on peut induire l’existence et le contenu de Q en isolant les versets parallèles de Matthieu (Mt) et Luc (Lc) qui ne sont pas aussi des parallèles de Marc (Mc). L’ « édition » de ce texte que nous ne possédons pas en tant que tel a déjà connu une première version qui sera vraisemblablement revue régulièrement 4 Robinson J.M., Hoffmann P. & Kloppenborg J.S. (eds.), 2000, The Critical Edition of Q. Synopsis including the Gospels of Matthew and Luke, Mark and Thomas with English, German, and French translations of Q and Thomas, Minneapolis : Fortress / Leuven : Peeters.. Cette édition compte nombre de passages dont la structure et le rythme suggèrent qu’ils étaient destinés à être déclamés. La mémoire orale des Anciens étant tout autre que la nôtre, le document Q pourrait fort bien n’avoir jamais été couché par écrit… 
Tandis que l’hypothèse documentaire citée (Q et Mc comme sources de Mt et Lc) est admise par nombre de spécialistes, aucun consensus ne s’est encore dégagé en ce qui concerne le quatrième évangile, celui de Jean. Ses différences d’avec les synoptiques proviennent-elles de l’usage de sources spécifiques ? D’une volonté de délivrer un autre message ? Dans ce cas, un ou plusieurs des évangiles synoptiques ont-ils été une source pour lui ?
Dans le sillage de telles considérations et en référence à l’événement historique majeur que constitua la destruction du Temple de Jérusalem par l’armée romaine en 70, les quatre évangiles canoniques sont d’ordinaire classés comme suit, du plus ancien au plus récent : Marc (au plus tôt quelques années avant la destruction du Temple), Matthieu, Luc, Jean (au plus tard au début du IIe siècle).

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