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Le mot conviction, emprunté au latin chrétien convictio, « démonstration convaincante », est introduit en français en 1579 avec le sens technique de « action de prouver la culpabilité de qqn » (Alain Rey, Dictionnaire culturel de la langue française, Paris, Le Robert, 2005, s.v.). Dès 1623 s’effectue le glissement de sens vers une « preuve établissant la culpabilité de qqn », d’où encore l’expression de pièce de conviction devenu ensuite pièce à conviction. Enfin, à la fin du XVIe siècle, le mot acquiert le sens qui prévaut ensuite d’un « acquiescement de l’esprit fondé sur des preuves évidentes ».
De ses emplois juridiques initiaux subsisteront deux traits sémantiques qui pèseront sur ce que le mot sera censé signifier au cours des derniers siècles et aujourd’hui encore. En effet, le glissement de l’action de prouver la culpabilité à l’acception d’un acquiescement fondé sur des preuves évidentes ne peut se produire que par l’intermédiaire du sens de « preuve », en entendant ce terme presque comme un élément matériel, de toute manière irréfutable. Les caractères probants sont attachés à la matérialité des faits tout comme à l’interprétation collective et commune qui en est donnée par un groupe social.
Les convictions s’imposent non seulement par la force qu’elles tirent de l’analyse de faits probants et évidents, mais tout autant de l’accord qui soude ainsi une communauté dans la ma-nière de percevoir et d’interpréter ces mêmes faits. Les convictions débordent donc rapidement la sphère juridique pour s’utiliser dans le domaine des opinions politiques, philosophiques et religieuses. Les convictions soudent solidement les membres d’une communauté par les certitudes que doivent partager tous ses membres entre lesquels elles instaurent ainsi des liens forts sur les plans socioculturel, philosophique et religieux.
Les sociétés occidentales, sinon la plupart des sociétés humaines, ont toujours fonctionné selon ce modèle : à l’intérieur de ses frontières et dans un sentiment de permanence qui confortait des modes de pensée et des comportements, chaque communauté a développé des conceptions philosophiques et religieuses spécifiques. Les liens contraignant qui en découlent sont mis en évidence dans le mot latin religio qui renvoie aussi bien aux liens sociaux unissant ceux qui partagent les mêmes convictions qu’à une relation personnelle avec la divinité.
Renier ces liens fut longtemps synonyme d’une exclusion radicale hors de sa communauté : mort, bannissement et, au sens propre, excommunication. Comme le précise, dans le domaine religieux, l’expression « Hors de l’Eglise point de salut », ce qu’on a longtemps entendu « Hors de la communauté point de survie », puisque l’appartenance à la seconde était conditionnée par son allégeance à la première.
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