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Durant toute leur longue histoire, les hommes ont dû s'accommoder de convictions collectives éventuellement étrangères à leurs convictions personnelles et intimes. Ils ont été contraints, le cas échéant, à taire ces dernières, à les occulter, à les travestir, voire à les cacher ou à mentir à leur propos, à moins d'accepter les sanctions prévues contre ceux qui ne partageaient pas la pensée commune, officiellement admise et tenue pour seule vraie. Mais les temps ont, partiellement, changé.
Dans les pays occidentaux et de nos jours, tout au moins, les convictions sont de moins en moins collectives, elles relèvent de plus en plus fréquemment du libre arbitre, elles font l'objet de discussions personnelles et privées à l'instar des comportements sexuels ou des attitudes affectives de jadis dont on ne traitait qu'avec pudeur et dans l'intimité. Actuellement, il devient indécent d’interroger quelqu’un sur ses convictions religieuses ou philosophiques : ce genre de questionnement relève de l’intimité librement consentie.
Chez nous, les convictions philosophiques et religieuses ne vont plus de soi de nos jours. Les membres d’une même famille ne se sentent plus tenus de partager leurs convictions intimes avec leurs proches ni, a fortiori, de les partager.
Les convictions tendent à devenir des questions strictement personnelles et, depuis plus de deux siècles, le principe de la séparation de l'Etat et des Églises s'étend progressivement à l'ensemble du domaine social, restreignant peu à peu le territoire de ces dernières à des régions ou à des groupes sociaux ou culturels, relativement homogènes et refusant encore plus ou moins largement la laïcisation du tissu social, puis à la famille, pour aboutir finalement à la sphère propre à chaque individu, seul maître de son qu’on peut enfin désigner comme son « libre-arbitre ».
On mesure aisément le chemin parcouru en interrogeant une histoire encore récente. La même constatation résulte d'une comparaison avec les partisans de convictions étrangères à nos territoires et que les flux migratoires ont conduits sur notre sol. Sans doute y a-t-il pour la majori-té de nos contemporains occidentaux une difficulté majeure à accepter chez nous, sur notre territoire, des attitudes, des comportements, des convictions semblables à celles contre lesquelles nos prédécesseurs et nous-mêmes avons dû combattre longuement autrefois.
La question se pose d'ailleurs avec une acuité et une actualité qui nous interpellent tous : quel cadre pouvons-nous accepter dans notre société où la liberté de penser et la liberté de comporte-ment de chacun est reconnue comme des droits fondamentaux de chaque individu pour des con-victions imposées durement et qui ne peuvent laisser de place à la liberté individuelle ?
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