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Guy Jucquois - Les convictions des convertis

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Le phénomène de « conversion » souligne fortement les obligations qu’entraîne au sein d’une communauté le partage de convictions. Du sens du mot latin conversio, proprement « changement par retournement » , le mot passe en français dès le XIIe siècle avec une spécialisation religieuse d’un « changement vers la vraie foi » ou pour le passage d’une croyance présentée comme fausse à une vérité présumée. Les conversions ne passent habituellement pas inaperçues puisqu’elles supposent, comme l’exprime le terme grec μετανόια, un « retournement de l’esprit », une rupture effectuée dans un contexte rarement serein. Les contraintes que fait peser le groupe sur chacun de ses membres sont intériorisées d’une manière particulièrement forte dans le cas de la conversion individuelle .

Le changement que suppose celle-ci s’opère le plus fréquemment d’une manière brusque et violente. En effet, si le cheminement qui conduit à la conversion s’inscrit fréquemment dans la durée, le phénomène lui-même se vit le plus souvent comme un instantané : la chute de cheval de l’apôtre Paul au moment précis de sa conversion exprime le caractère brusque et brutal de la prise de conscience.

Dès lors, le converti abandonne ses croyances d’origine et en adopte de nouvelles, par définition opposées ou au moins en désaccord avec les premières. La conversion exige souvent de quitter le milieu dans lequel on vivait pour migrer vers une nouvelle communauté. Dans beaucoup de communautés le renégat, autre face du converti, mérite les sanctions les plus sévères : la vie lui est fréquemment impossible s’il entend demeurer parmi ses anciens coreligionnaires. Dans le même temps, s’il s’introduit dans la communauté qui partage ses nouvelles convictions, il y reste souvent perçu comme un « converti ». On attend de lui qu’il redouble de foi, dans ses paroles et dans ses actes, qu’il renforce les distances avec sa communauté d’origine, qu’il soit intransigeant dans ses convictions.

Le converti se comporte fréquemment ainsi, cédant à des forces intérieures ou extérieures et il radicalise les croyances et les comportements de son groupe d’adoption. Les convertis renforcent de ce fait les liens philosophiques et religieux du groupe auquel ils adhèrent et dont ils constituent en quelque sorte les avant-gardes. Ajoutons que la communauté d’accueil peut également se révéler méfiante ou suspicieuse envers les convertis dont les intentions sont scrutées et dont la pureté de cœur est parfois mise en doute et à l’épreuve.