Guy Jucquois - Introduction |
|
|
Aujourd’hui les intellectuels occidentaux se caractérisent par les incertitudes auxquelles ils sont confrontés, tant en eux-mêmes que dans les rapports avec leurs contemporains. Les anciennes certitudes s’en sont allées peu à peu, laissant en chacun la part du doute, de l’hésitation et de l’interrogation, mais également, et en contrepartie, la part d’ouverture, d’écoute et de tolérance. Dans ce contexte nouveau où nous ne sommes plus certains de rien, il pourrait paraître hors de propos d’affirmer la nécessité de se revendiquer de convictions solides et stables. N’y aurait-il pas dans cette attitude une contradiction majeure et, dans l’affirmative, comment la résoudre ?
Soulignons d’abord que la situation actuelle résulte d’une longue évolution, interne et externe. A l’intérieur de nos communautés, parallèlement à l’implantation, au développement et au renforcement visant à cadrer et à discipliner les membres de nos sociétés à l’intérieur de crédos clairs et précis, délimitant soigneusement les frontières culturelles, sociales et idéologiques de chaque communauté, groupe et sous-groupe, des questionnements, des « hérésies » et des oppositions se sont fait jour. Les combats, au départ souvent individuels, ont permis progressivement des contestations et des remises en cause collectives (guerres de religion, Lumières, libre pensée, laïcité, etc.). Ces avancées sont partagées de nos jours par de larges couches de nos populations, toutes opinions philosophiques et religieuses confondues. A l’extérieur, les progrès techniques ont développé les échanges de biens et les déplacements de personnes, soit individuellement, soit collectivement (réfugiés, émigrés, personnes déplacées, etc.). Chacune de ces personnes a favorisé les contacts entre des communautés différentes. La multiplication des échanges a engendré la confrontation de modes de pensée, de certitudes parfois inconciliables, voire opposées. Les métissages de plus en plus intenses de nos communautés exigent en effet de repenser nos anciennes convictions ou d’affronter ceux, de plus en plus variés et nombreux, qui ne les partagent pas. Aujourd’hui, en regard d’un progressif abandon de la plupart de nos anciennes certitudes, nous devons préciser ce que doit être le noyau des convictions indispensables pour que le monde de demain soit davantage vivable et ouvert ; pour que le monde qui se construit soit plus accueillant pour chacun. On aura compris que la nature même de nos convictions subira un profond changement. |


