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Quelles seraient donc les convictions qui devraient animer nos contemporains ? Peut-on imaginer que, dans un monde en construction, un monde de changements et de mouvements les convictions qui unissent les hommes demeurent ce qu'elles étaient à une époque où seules les contraintes, pensait-on, étaient susceptibles de maintenir la cohésion sociale indispensable à la survie d'un groupe ? Quels sont les principes qui doivent guider la réflexion, tant sur le plan personnel que sur celui d'une politique commune à mettre en œuvre ? Si nous parvenons à établir ces principes, comment pourrions-nous ensuite accepter qu’ils ne puissent s’appliquer à tout être humain et, en premier lieu, chez nous et dans nos propres communautés ?
Quels seraient les contours obligatoires de ces convictions qui fonderaient nos sociétés de demain ?Un premier point à mettre en évidence est la nécessité de relations harmonieuses entre les groupes, aussi bien qu'à l'intérieur de chacun de ceux-ci. Si les convictions furent durant de nombreux siècles le ciment qui assura une forte cohésion sociale, fût-elle garantie au prix de persécutions, de supplices, d'expulsions, de bannissements et de sanctions multiples, les déplacements individuels ou collectifs d'un nombre toujours croissant d'individus, voyages personnels, flux migratoires, déplacements de populations, etc., mettent en contact étroit et souvent prolongé des masses toujours plus considérables de contemporains. Ce qui, durant tant de siècles, garantit la cohésion des communautés devient aujourd'hui la menace suprême de conflits sanglants, multiples et sans fin.
En effet, comment concilier sur un même territoire, dans les innombrables contacts de la vie quotidienne, dans les diverses fonctions collectives d'un État moderne (santé, enseignement, ad-ministration, etc.), des « convictions » affirmées par chaque collectivité comme véridiques et absolues, alors qu'elles ne sont ni étayées par les observations scientifiques ou la raison et de surcroît violemment contredites par des « convictions » opposées, fondant l'unité sacrée d'autres communautés vivant sur le même territoire ? Comment départager la multiplicité des irrationnels, dès lors qu'ils se prétendent, à chaque fois et en opposition à tous les autres, la seule vérité ?
Au-delà des conflits d'idées, l'enjeu véritable est bien d'agir à la fois pour éviter la multiplication ou la généralisation de conflits majeurs, autant que pour créer les conditions indispensables à la construction harmonieuse du monde futur. Sans l’atténuation du caractère collectif et la disparition des contraintes sociales liées habituellement à l’expression des convictions, il sera impossible de construire le monde de demain sans recourir constamment et massivement à la force et à la violence ce dont notre époque nous donne un avant-goût !
Les convictions doivent fonder la réflexion et les choix personnels, ce qui suppose que chacun puisse à sa manière librement les adopter, les exprimer individuellement et en privé, vivre selon celles-ci ou en changer dans la mesure où elles n’engendrent aucune conséquence négative, con-traignante ou coercitive, pour autrui. La tolérance et l’ouverture doivent prévaloir dans les échanges interpersonnels, en sorte que seuls la curiosité et l’étonnement intellectuels accueillent nos tâtonnements humains et nos communes incertitudes.L’humanité se doit d’adopter ce chemin d’ouverture et de tolérance aussi bien pour éviter la multiplication de conflits sanglants et sans fin, la généralisation de la terreur au niveau mondial, la prolifération d’attentats meurtriers perpétrés pour la défense de « valeurs » morales et religieuses, que pour offrir à chacun les conditions d’un épanouissement personnel, impensable sans une véritable liberté de pensée.
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