Introduction du guide - La modernité entre science et scientisme - Emmanuel Kant |
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Pourtant, un penseur emblématique de l’époque moderne, le philosophe Emmanuel Kant (1724-1804) avait fait une mise au point décisive et que l’on aurait pu croire définitive. Si la science peut étendre à juste titre son empire aussi loin que s’étend l’expérience sensible, elle doit aussi, pour se conserver comme science et s’éviter des illusions qui la mettent en contradiction avec elle-même reconnaître son champ d’investigation propre.
La science, pour Kant, devait s’admettre limitée et reconnaître les exigences tout aussi légitimes de la raison pratique (les exigences de l’action morale et politique) et celles de l’espérance (notamment la question de la foi et celle du sens de l’existence de la nature et de l’homme) : ni l’âme, ni Dieu, ni la liberté ne seront objets de science, sans pour cela être démunis de tout statut de rationalité. Il dépouillait ainsi la philosophie des ses ambitions théologiques majeures mais du même coup il donnait à la raison un champ de recherche pertinent à la mesure de l’humain.
Cette philosophie des limites(1) implique que jamais la science ne sera en mesure de statuer sur la foi ni, réciproquement, l’adhésion religieuse sur les contenus de l’objectivité scientifique. Les implications de ces propos sont remarquables ; pour ne prendre qu’un exemple appliqué, ni l’Eglise ni aucun autre clergé, - chacun représentant des convictions respectables mais particulières et confinées à la croyance -, ne seront habilités à intervenir dans la confection des programmes scolaires.
En effet, ceux-ci devraient en bonne logique être le reflet éducatif de quelque chose d’universel et, donc, de quelque chose dont le sens même implique qu’il soit partagé : il n’y a pas plus de « biologie catholique » qu’il n’y a de « mathématique juive » ou d’« astronomie musulmane ». L’école se veut une institution qui éduque à l’universel.
Il est remarquable de constater qu’à plus d’une reprise les Temps Modernes ont cherché dans le principe de la limite la solution à divers problèmes que rencontre depuis toujours la condition humaine : c’est dans la limitation réciproque des pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) qu’ils ont vu le moyen de s’éviter la tyrannie ; c’est en limitant et en équilibrant les rapports entre sphère privée et domaine public qu’ils cherchent à accomplir l’essentielle séparation entre Eglise et Etat dans les démocraties modernes.
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