Introduction du guide - La sécularisation de la société - La libération |
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La libération d’une sphère publique et la libération d’un domaine de connaissances qui échappent et l’une et l’autre aux convictions simplement subjectives suivent des trajectoires assez parallèles dans les siècles récents. On est autorisé à établir entre elles une certaine analogie. Il ne s’agit que d’une analogie et jamais d’une identité, puisqu’il n’est pas question d’alimenter le fantasme qui a fait tant de ravages au 20e siècle, celui d’une « politique » qui serait « scientifique » et donc livrée aux mains de ceux qui seraient les « experts du bien commun ». Mais une analogie tout de même : dans les deux cas, il est question d’universalité et de loi. En science, nous découvrons des lois naturelles qu’aucun arbitraire humain n’a le pouvoir d’inventer ou de modifier. Ce sont des lois que la communauté des chercheurs tient pour universellement valides aussi longtemps qu’une observation ou une expérimentation n’oblige à les amender, à les préciser, à les restreindre ou à les abandonner, au nom de connaissances plus probantes. Dans l’Etat, de droit et démocratique, nous élaborons selon des procédures précises les lois qui instituent (nous pourrions dire qui constituent au sens juridique du mot « constitution ») une communauté de reconnaissance réciproque des droits et des obligations, une communauté qui, selon les idéaux modernes, est d’emblée ouverte à tous les hommes. Une fois élaborées et reconnues, les lois ont, elles aussi, une certaine valeur « objective » dans la mesure où elles forment un cadre commun pour l’évaluation des actions, en termes de « juste » ou « injuste ». Ceci, à son tour, n’implique pas non plus le caractère immuable des lois. Bien au contraire, c’est un caractère majeur de la démocratie moderne que de se savoir perfectible dans la limite du respect de ses principes. En effet, une distinction délicate mais capitale pour nos sociétés ouvertes doit être rappelée : la distinction entre les lois positives (nationales et internationales) et les principes fondateurs qui font la légitimité de ces mêmes lois. Pour résumer, ces principes de référence sont pour les Etats occidentaux modernes ceux-là mêmes que reflètent les diverses déclarations des droits de l’homme depuis le 18e siècle ; en particulier, le célèbre article de la déclaration de 1789 : par nature, les hommes sont libres et égaux en droit. Dès lors, aucune règle ou loi positive particulière ne pourra être admise si elle contrevient aux principes généraux qui sont conçus comme source de toute légitimité. Par exemple, aucune prescription qui voudrait établir une inégalité de droit entre hommes et femmes, entre croyants et incroyants, etc. Tandis que les actions des individus ou des groupes seront jugées à la lumière des lois, celles-ci le seront à celle des principes. |


