Introduction du guide - La modernité entre science et scientisme - Un candidat nouveau |
|
|
Peu à peu, un candidat nouveau, mais impérieux, muni de lettres de créances puissantes, s’est avancé et ensuite imposé, jusqu’à rejeter dans une ténèbre parfois trop épaisse les prétendants jusque-là connus : nous voulons nommer ce que l’époque moderne appelle la science et, mieux, la science dans son alliance avec la puissance technique. Forte d’acquis théoriques considérables et d’applications techniques admirables, mais aussi redoutables, la science moderne a caressé le rêve, dès le 18e siècle, et plus encore par la suite, de prendre à sa seule charge l’ensemble des questions qu’il est arrivé à l’homme de se poser. Il s’agit non seulement des questions du savoir, mais aussi les questions relatives à la morale, à la politique, et encore celles interrogeant l’origine et la destinée. Non seulement, elle énonçait et vérifiait certaines lois invisibles avec une sûreté mathématique jusqu’alors inégalée, mais elle était nimbée de l’aura de la prédictibilité. En effet, les théories scientifiques énoncent les lois invisibles, expliquent leur déploiement dans le champ du réel et certifient leur présence au point d’annoncer leurs effets dans un futur plus ou moins rapprochés. Comment dès lors échapper la fascination qu’elles induisent et remettre en cause leur prétention à dire le valide et le vrai ? La science a voulu d’un même mouvement être science totale, fournir un modèle unique de rationalité en ne puisant que dans ses fonds propres et, à son tour, rejeter dans l’oubli d’autres manifestations de l’humanité en l’homme, par exemple la philosophie ou la religion. Elle n’a pas toujours bien compris qu’en se voulant totale, elle se désavouait comme science et s’attifait à son tour des oripeaux de l’idéologie. |


