L'orthodoxie - Le problème du "filioque" |
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Au-delà d’une question d’autorité, qui sera davantage dénoncée lorsque le Vatican défendra plus tard l’infallibilité du Pape, le différend concerne un problème théologique, à première vue anodin, mais dont les conséquences pour la spiritualité sont incommensurables. Il s’agit de la question de savoir si le Saint-Esprit procède uniquement du Père, comme le soutiennent les orthodoxes, ou s’il procède également du Fils (filioque), comme l’affirment les catholiques. Pour comprendre la différence entre les deux formulations, il faut savoir que pour la tradition philosophique néoplatonicienne (développée à partir du IIIe siècle de notre ère), qui articula pour la première fois la problématique de la procession dans l’invisible, cette démarche met en jeu une hiérarchisation entre les termes de la procession, alors que pour les corps visibles la succession suppose une homogénéité. De sorte que dans l’esprit des théologiens orthodoxes, ajouter un troisième terme dans le processus risque de situer le Saint Esprit dans une position sinon inférieure (car on peut supposer une forme d’égalité entre les personnes), du moins “mondaine”, c’est-à-dire comme présence du Saint Esprit dans le monde temporel. Or, précisément, la politique pontificale, qui exigeait un pouvoir temporel pour la papauté, pouvait être dès lors fondée théologiquement, puisqu’elle assurerait à l’Église une spiritualité compatible avec le pouvoir politique. Au contraire, la spiritualité défendue par l’Église orthodoxe est verticale et refuse toute implication de l’Église dans les affaires publiques, qui sont du seul ressort de l’autorité politique. Dans le monde orthodoxe dominait la doctrine que l’on qualifie de césaro-papisme et qui confère à l’empereur, image de Dieu dans le monde, un pouvoir organisateur sur le modèle de la hiérarchie céleste des anges. L’Église n’a qu’un rôle spirituel dans l’ordre de la hiérarchie ecclésiastique et s’occupe du salut des fidèles, tout en exigeant des pouvoirs publics une protection et la concrétisation de l’éducation de ses membres. Cette structure lie en fait l’Église et la nation, ce qui est renforcé par le caractère autonome ou autocéphale des Églises orthodoxes qui ne se soumettent à aucune autorité centrale (un Pape), comme dans le catholicisme, mais préservent un rapport d’harmonie indéfectible avec le pouvoir politique.
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