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La Réforme protestante est marquée par ses origines. En ce XVIe siècle, les bourgeois d’Occident accèdent au verbe et à l’écrit. La pensée de Luther (1483-1546) n’aurait pu triompher au Moyen Age. Centrer la foi chrétienne sur la lecture de la Bible, n’aurait guère eu d’impact dans une société où si peu savaient lire. Insister sur la puissance de la parole divine, aurait eu peu d’écho dans un monde où les paroles humaines restaient frustres. (6)
J’admire les chrétiens protestants pour leur recentrage sur l’essentiel : le Christ, son Évangile et la Grâce de la conversion. Toutes choses que nous autres catholiques, avons une propension à noyer dans un océan de prescriptions morales ou disciplinaires. A leur contact, nous avons à réapprendre à contempler le cœur de notre foi.
Cependant, il y a un hic. Lorsque j’étais étudiant en Allemagne, j’ai rencontré un séminariste d’une quarantaine d’années. Il était né protestant et s’était marié. Puis, sa femme eût le cancer. Il se sentit démuni, car le protestantisme lui semblait pauvre en gestes pour dire et vivre chrétiennement l’expérience de la maladie. Une fois veuf, il se fit catholique et – n’ayant pas eu d’enfants – souhaita devenir prêtre.
Cette rencontre m’a fait réfléchir.
Je suis d’avis que la Réforme pèche par l’abandon d’une bonne part de la dimension tactile, voire même sensuelle, de la foi chrétienne telle qu’elle est vécue dans les sacrements. Si nombre de protestants oscillent entre cérébralisme (tentation de développer une théologie ultra-rationnelle dans certaines Eglises) et fondamentalisme (risque d’exaltation mystique auprès de nombre de chrétiens évangélistes), c’est sans doute aussi parce qu’une fois le baptême reçu, les gestes sensibles pour dire et vivre la grâce de Dieu leur font défaut.
L’avertissement protestant doit être entendu. Aucun rite ne peut être investi d’une vertu magique, comme si l’homme « achetait Dieu » par sa pratique. Un tel risque existe, mais cela ne suffit pas pour disqualifier toute célébration sacramentelle. Celle-ci donne de vivre la rencontre spirituelle avec le Christ autrement que par les mots de la prière solitaire ou collective. Dans le rite, c’est la puissance des symboles qui parle au cœur. (7)
(6) Le protestantisme des premières générations aura d’ailleurs peu d’impact sur le petit peuple paysan, davantage séduit par le radicalisme politico-religieux d’un Thomas Müntzer (1489-1525). Ce dernier méprisait Luther, qui le lui rendait bien.
(7) J’ai développé ce propos dans : Du temps où j’allais à la Messe, Namur, éd.Fidélité, 2004, pp.20-21.
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