Sébastien de Fooz - Arriver, enfin |
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J’arrive à Jérusalem le jour de la Rosha Shana (le Nouvel An juif), c’est également le dernier jour du Ramadan. La ville est dans un état de vigilance maximal. Je me rends au pied du mur des Lamentations avec ma petite pierre ramassée dans le camp de concentration de Dachau. J’y rencontre une femme originaire d’Allemagne qui aujourd’hui rentre dans un monastère en Israël parce qu’elle se sent appelée à prier pour l’unité entre les hommes de foi.
Nous parlons longuement et elle sort une fiole d’huile sacrée. Nous baignons le petit caillou dedans et ensemble nous prions pour les fautes du passé, du présent et du futur des trois grandes religions monothéistes. Après avoir trempé le caillou d’huile et d’avoir prié ensemble, elle part prier aux côtés des femmes et moi je me rends du côté des hommes, au pied du Mur. En m’agenouillant je prie. Ma main disparaît dans une des anfractuosités. Alors que je viens de déposer le petit caillou, je sens se poser sur mon épaule, une main. C’est un juif orthodoxe qui me regarde étrangement. Je reconnais la même intensité de regard que le muezzin turc qui m’avait accueilli dans le Haut Plateau d’Anatolie. Le juif orthodoxe doucement acquiesce de la tête comme si il savait d’où je venais. Sans rien dire il tend sa main vers la mienne. Lorsque je pose la mienne imbibée d’huile sacrée dans la sienne, j’ai su que j’avais répondu à l’Appel de Dieu.
Ce que je peux dire en définitive c’est que ce voyage de 184 jours est avant tout un voyage de 184 visages qui m’a démontré la complexité de notre monde, de ce qui nous oppose mais avant tout de ce qui nous unit. Et Celui qui nous unit est plus grand que ce qui nous oppose.
Sans cesse me vient à l’esprit l’idée que cette route vers Jérusalem est une route qui traverse l’ombre, la nuit et la mort et qui va vers le lever du soleil, vers la Ville trois fois Sainte. N’est-il pas ainsi pour chacune de nos vies ? La mort ne serait pas la mort si elle ne comportait pas la composante de l’inertie. Dieu nous invite à nous mettre en marche, à se lever et oser le challenge de la Vie dans ces paroles énoncées à la fille de Jaïre qui vient de mourir : Talitakumi « Lève-toi et marche ! ».
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« À pied à Jérusalem, 184 jours, 184 visages » parru aux Editions Racine
Renseignements et informations :
Sébastien de Fooz
www.talitakum.be
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